Lise Lebleux

Ma recherche artistique s’attache à donner un corps au son, à explorer sa physicalité dans l’espace et la manière dont il nous traverse. Je cherche à rendre perceptible cette matière invisible, à lui offrir une forme, une présence et une existence physique. Le son touche notre peau, résonne dans notre chair, s’absorbe et circule en nous : il devient une matière vivante, insaisissable mais profondément intime. Ce qui m’intéresse dans le son est cette capacité à nous habiter tout en se déployant autour de nous. Il est une matière à la fois intime et collective : intime, parce qu’il agit directement sur notre corps et notre perception intérieure ; collective, parce qu’il circule entre les êtres, traverse les espaces et nous relie aux environnements qui nous entourent.

J’ai commencé ma pratique artistique par la sculpture, mais je me suis progressivement sentie limitée par les contraintes physiques de cette matière. La découverte du son a ouvert un nouveau champ de recherche : celui d’une matière immatérielle qui se propage, qui traverse les corps et les architectures tout en produisant des effets physiques réels. Le son possède une force particulière : il échappe au regard mais agit directement sur notre perception et notre présence au monde. Il permet d’explorer une autre manière d’appréhender la matière, non plus seulement par ce qui est visible, mais par ce qui est ressenti.

La prise de son constitue une manière d’entrer en relation avec le monde. Enregistrer un son implique un déplacement, une attention portée aux lieux, aux matières et aux phénomènes qui nous entourent. Je dois arpenter un territoire, marcher, déambuler et éprouver sa présence, son actualité mais aussi les traces de son histoire. Le son devient alors une mémoire sensible d’un environnement, révélant des relations invisibles entre les êtres, les espaces et les matières. Cette écoute du monde est essentielle dans ma pratique : il ne s’agit pas seulement de capter un son, mais de créer une relation avec un lieu et avec ce qui le compose.

Je pense mes installations sonores comme des sculptures-architectures, des espaces à traverser et à habiter. Le son y devient une matière qui permet de créer des relations entre le corps et l’espace. À travers mes œuvres, je cherche à remettre en question les formes traditionnelles de diffusion du son et à explorer de nouvelles manières de le contenir, de le transformer et de lui donner un corps. L’installation devient un espace où le son, la lumière et la matière se rencontrent pour construire une expérience immersive. Le son n’est plus seulement quelque chose que l’on écoute : il devient un environnement que l’on traverse, une présence avec laquelle le corps entre en relation.

Le corps occupe une place centrale dans cette recherche. À l’écoute d’un son, notre corps ne se contente pas de l’entendre : il l’absorbe, le ressent et résonne avec lui. Les vibrations peuvent être perçues dans la peau, dans la chair et jusque dans les os. Je cherche ainsi à créer des expériences où l’écoute devient une expérience physique et sensible, où le·la spectateur·rice prend conscience de sa propre présence dans l’espace tout en étant invité·e à entrer en relation avec un environnement plus vaste. Le son crée un lien entre l’intérieur et l’extérieur, entre la perception intime du corps et le monde qui l’entoure.

Le vivant traverse l’ensemble de ma pratique. Il ne constitue pas seulement un sujet ou une inspiration formelle, mais une manière de penser les formes, les relations et les transformations. Mon rapport au vivant s’est construit dès l’enfance à travers l’environnement dans lequel j’ai grandi, notamment grâce à mon père, apiculteur et bûcheron, qui m’a transmis une attention particulière aux cycles naturels, aux équilibres et aux fragilités du monde qui nous entoure. Le vivant possède des forces qui nous dépassent, mais il révèle également une grande vulnérabilité. Cette tension entre puissance et fragilité nourrit mes recherches, notamment autour des questions écologiques contemporaines. Je m’intéresse aux organismes comme des systèmes en perpétuelle évolution, traversés par des échanges, des circulations et des équilibres précaires.

Le temps est également un matériau essentiel dans mon travail. Mes installations se construisent comme des organismes vivants ou des partitions en transformation, où le son, la lumière et la matière évoluent continuellement. Je cherche à créer des espaces qui ne sont jamais totalement fixes, mais qui respirent, se transforment et révèlent progressivement leurs différentes dimensions. Cette approche me permet d’explorer comment un environnement peut devenir une forme vivante, traversée par des tensions, des mouvements et des métamorphoses.

La lumière occupe une place essentielle dans mes installations comme une matière à part entière. Elle révèle, souligne et rend visibles des transparences, des matières et des formes. Elle accompagne les transformations du son tout en possédant sa propre puissance : elle peut être douce ou éclatante, mais aussi devenir inquiétante, aveuglante ou nous plonger dans l’obscurité. Son interaction avec le son permet de créer des espaces où les différents médiums se transforment mutuellement, où ce qui est entendu devient visible et où ce qui est visible influence notre manière d’écouter.

À travers cette recherche, je cherche à créer des espaces sensibles et vivants dans lesquels le son n’est plus seulement quelque chose que l’on écoute, mais une matière que l’on peut ressentir, traverser et habiter. Mon travail explore les relations entre les corps, les espaces et les environnements, en cherchant à rendre perceptibles les vibrations invisibles qui nous relient au monde.

Contact: lebleuxlise@gmail.com.

Portfolio disponible ici en pdf.

Design, programming: Marianne Plano. Font: Leif Book, Store Norske Skriftkompani.

Stille in drei Akten Vienne, Autriche 2025

Intégrées dans une composition en trois temps, chaque partie évoque un aspect du silence propre à la ville de Vienne : le silence aérien, le silence de la surface terrestre et le silence souterrain...

Intégrées dans une composition en trois temps, chaque partie évoque un aspect du silence propre à la ville de Vienne : le silence aérien, le silence de la surface terrestre et le silence souterrain. La rencontre des paysages et les sons intrinsèques à ma présence dans les prises de son révèlent les silences dissimulés.

La première partie Die Stille der Luft évoque le silence éthéré, atmosphérique et céleste de Vienne. La profondeur infinie du paysage et du silence se confondent, les différents environnements sonores se mêlant dans un souffle unique, suspendu dans l‘air.

La seconde partie Die irdische Stille évoque le silence présent à la surface de la terre dans des lieux structurés, urbains et délimités précisément choisis. L‘écoute est contrastée entre des sons silencieux enregistrés à la salle des archives et des sons tels que les cris du parc d’attractions Wiener Prater.

La troisième partie Die unterirdische Stille retrace ma progression dans la grotte Hermannshöhle et se concentre sur le silence présent dans les souterrains. Au fur et à mesure que l‘on pénètre dans la grotte, le silence s‘intensifie devenant propice
aux hallucinations.

Pièce radiophonique
Commandée et diffusée par la radio Ö1 Kunstradio à Vienne, Autriche
Archive de la diffusion sur le site de la radio Ö1 Kunstradio: 
https://oe1.orf.at/programm/20250227/786002/Geraeusche-der-Stille

Die Stille der Luft.

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Die irdische Stille.

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Die unterirdische Stille.

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Neusiedler See, Neusiedl am See, Autriche
Donauinsel, Vienne, Autriche
Wiener Prater, Vienne, Autriche
Grotte Die Hermannshöhle, Ofenbach, Autriche